Le drame s'enclot dans les limites convenues du banal fait d'hiver.

Le "crash", puisque le mot fut utilisé par les médiatouilleurs, d'un hélicoptère.

Dans cette prodigieuse, dans cette fascinante montagne qui surplombe Bastia.

Cinq morts.

Une jeune femme de vingt ans.

Le bébé auquel elle venait de "donner la vie".

Le médecin du SAMU qui assista la jeune femme.

Le pilote et le mécanicien de la machine volante.

Le destin, hasardent certains des commentatouilleurs.

Sinistre destin que je n'apparente pas au hasard.

Le drame résulte de l'incurie, mais aussi de cette volonté acharnée de tout rentabiliser, même ce qui n'est pas rentabilisable..

Y compris la santé et donc la vie d'êtres humains.

Voilà donc une jeune femme qui se prépare à "donner la vie".

Elle réside dans un village perché sur la corniche qui domine la Balagne.

(Un village qui m'est cher puisqu'il fut, il y a plus d'un quart de siècle, celui de ma (re)naissance.)

Surviennent les heures qui, en principe, sont celles du prodige.

Mais du côté de la Balagne, de Calvi à l'Île Rousse, il n'existe plus la moindre lit susceptible de recevoir une parturiente.

Un désert médical, ou ce qui lui ressemble.

Il n'est donc plus d'autre solution que de s'installer dans l'automobile et de prendre la route de Bastia.

Un voyage d'environ quatre vingt dix minutes.

Un  soir d'intempéries.

La suite se résume en quelques lambeaux de phrase. La rencontre fortuite avec les gendarmes du côté de Ponte-Leccia. L'appel au secours lancé au SAMU puisque le petit d'homme force déjà la porte, un petit d'homme tout plein d'énergie. L'arrivée de l'hélicoptère. Le vol. Puis l'accident.

Cinq morts.

Je ne contiens ni ma colère ni mon indignation.

Ces cinq morts-là sont à mettre sur le compte de celles et ceux qui détruisent et saccagent les espaces de la vie collective dont font partie les petites structures hospitalières.

Au nom de leur foi aveugle dans ce qu'ils appellent le "libéralisme".

Cinq morts qui s'ajoutent à ceux que personne ne décompte.

Puisque je ne doute guère que les désertifications produisent déjà leurs effets là ou ailleurs.

Etrange coïncidence: Libération du lundi 27 avril révèle que la Société Générale avait "égaré" la bagatelle de cinq milliards d'euros dans les jeux de hasard.

La République est détricotée.

Les charognards s'empiffrent.