L'irruption de l'été....

Qui titille le désir de retrouver le village.....

De s'y arrêter....

De respirer les odeurs du maquis.....

D'emprunter l'un ou l'autre des sentiers.....

De s'installer devant les portes du couvent....

De s'imprégner des somptueux paysages de la Balagne....

De descendre jusqu'à l'Île Rousse.....

De croiser sur la route Antoine et ses brebis....

IR20

Je relis quelques pages du roman d'Anne-Marie Mitchell-Sambroni, "Refuge"....

"La première chose que je vis en arrivant au village, ce fut une foule qui faisait cercle et qui poussait des cris d'encouragement. Je compris qu'ils assistaient à la cavaglia et je m'approchai pour regarder les deux hommes, assis, pieds contre pieds. Ils avaient les bras tendus et s'aggrippaient très fort à un même bâton pour s'attirer mutuellement et prouver leur force.

Derrière la haie formée par des hommes dont le chapeau était rabattu, j'en apercevais d'autres attablés à la terrasse d'un café et qui jouaient à des parties de cartes endiablées.

Seules certaines femmes paraissaient donner du mouvement au village et se déplaçaient avec des bouquets de fleurs ou des paniers de nourriture. Parfois, une d'entre elles s'arrêtait pour écouter le son d'une flûte ou d'une guimbarde, et je me souvenais de celle qu'Orso faisait vibrer tout en veillant sur son troupeau.

Après s'être livrés à des jeux de résistance et de hasard, les villageois se tournèrent vers l'église devant laquelle deux hommes se disposaient à entonner les premières notes d'un duel oral que nous appelons, chez nous, chjam'é rispondi. Affrontement qui ne s'arrêtera que lorsqu'un des chanteurs parviendra à épuiser la voix de son adversaire.

De tous les chants jaillis spontanément de la sensibilité de notre pays, c'est ce combat vocal que je considère comme le plus apte à rendre compte de notre spécificité. L'opposition nous a toujours stimulés. Elle nous réveille de notre somnolence et agace notre inaction qui s'anime sous son dard.

Debout et face à face, les deux hommes improvisaient des phrases qui les forçaient, chacun à leur tout, à défier l'agressivité de l'autre et à rivaliser de talent. Les villageois les soutenaient par des applaudissements et parmi les femmes qui servaient le vin et les beignets, je reconnus Marie....."