26 janvier 2010
Îles
Quelques phrases de Pascal Quignard, afin de marquer mon retour sur ce blog.
"Quelques fragments de terre perdus dans la mer, quelques particuliers dans les villes, quelques livresques dans les chambres, quelques athées, quelques lettrés, quelques anachorètes. Ces îles, ces grottes, ces cavités céphaliques, ces chambres, ces ermitages sont les derniers royaumes. Rares êtres qui jouissent d'un peu d'insularité dans l'âme en raison du vide qui s'étend sous les mains. Les réflexions anormales sont très rares au fond de l'esprit tant l'âme est peuplée par la famille, la langue, l'éducation, l'addiction, le passé, la mémoire, la répétition, l'instinct, la nature. "Rara", disait Spinoza en renvoyant à cette expérience interne de la liberté."
20 mai 2009
Nostalgie
L'irruption de l'été....
Qui titille le désir de retrouver le village.....
De s'y arrêter....
De respirer les odeurs du maquis.....
D'emprunter l'un ou l'autre des sentiers.....
De s'installer devant les portes du couvent....
De s'imprégner des somptueux paysages de la Balagne....
De descendre jusqu'à l'Île Rousse.....
De croiser sur la route Antoine et ses brebis....
Je relis quelques pages du roman d'Anne-Marie Mitchell-Sambroni, "Refuge"....
"La première chose que je vis en arrivant au village, ce fut une foule qui faisait cercle et qui poussait des cris d'encouragement. Je compris qu'ils assistaient à la cavaglia et je m'approchai pour regarder les deux hommes, assis, pieds contre pieds. Ils avaient les bras tendus et s'aggrippaient très fort à un même bâton pour s'attirer mutuellement et prouver leur force.
Derrière la haie formée par des hommes dont le chapeau était rabattu, j'en apercevais d'autres attablés à la terrasse d'un café et qui jouaient à des parties de cartes endiablées.
Seules certaines femmes paraissaient donner du mouvement au village et se déplaçaient avec des bouquets de fleurs ou des paniers de nourriture. Parfois, une d'entre elles s'arrêtait pour écouter le son d'une flûte ou d'une guimbarde, et je me souvenais de celle qu'Orso faisait vibrer tout en veillant sur son troupeau.
Après s'être livrés à des jeux de résistance et de hasard, les villageois se tournèrent vers l'église devant laquelle deux hommes se disposaient à entonner les premières notes d'un duel oral que nous appelons, chez nous, chjam'é rispondi. Affrontement qui ne s'arrêtera que lorsqu'un des chanteurs parviendra à épuiser la voix de son adversaire.
De tous les chants jaillis spontanément de la sensibilité de notre pays, c'est ce combat vocal que je considère comme le plus apte à rendre compte de notre spécificité. L'opposition nous a toujours stimulés. Elle nous réveille de notre somnolence et agace notre inaction qui s'anime sous son dard.
Debout et face à face, les deux hommes improvisaient des phrases qui les forçaient, chacun à leur tout, à défier l'agressivité de l'autre et à rivaliser de talent. Les villageois les soutenaient par des applaudissements et parmi les femmes qui servaient le vin et les beignets, je reconnus Marie....."
28 avril 2009
Crash
Le drame s'enclot dans les limites convenues du banal fait d'hiver.
Le "crash", puisque le mot fut utilisé par les médiatouilleurs, d'un hélicoptère.
Dans cette prodigieuse, dans cette fascinante montagne qui surplombe Bastia.
Cinq morts.
Une jeune femme de vingt ans.
Le bébé auquel elle venait de "donner la vie".
Le médecin du SAMU qui assista la jeune femme.
Le pilote et le mécanicien de la machine volante.
Le destin, hasardent certains des commentatouilleurs.
Sinistre destin que je n'apparente pas au hasard.
Le drame résulte de l'incurie, mais aussi de cette volonté acharnée de tout rentabiliser, même ce qui n'est pas rentabilisable..
Y compris la santé et donc la vie d'êtres humains.
Voilà donc une jeune femme qui se prépare à "donner la vie".
Elle réside dans un village perché sur la corniche qui domine la Balagne.
(Un village qui m'est cher puisqu'il fut, il y a plus d'un quart de siècle, celui de ma (re)naissance.)
Surviennent les heures qui, en principe, sont celles du prodige.
Mais du côté de la Balagne, de Calvi à l'Île Rousse, il n'existe plus la moindre lit susceptible de recevoir une parturiente.
Un désert médical, ou ce qui lui ressemble.
Il n'est donc plus d'autre solution que de s'installer dans l'automobile et de prendre la route de Bastia.
Un voyage d'environ quatre vingt dix minutes.
Un soir d'intempéries.
La suite se résume en quelques lambeaux de phrase. La rencontre fortuite avec les gendarmes du côté de Ponte-Leccia. L'appel au secours lancé au SAMU puisque le petit d'homme force déjà la porte, un petit d'homme tout plein d'énergie. L'arrivée de l'hélicoptère. Le vol. Puis l'accident.
Cinq morts.
Je ne contiens ni ma colère ni mon indignation.
Ces cinq morts-là sont à mettre sur le compte de celles et ceux qui détruisent et saccagent les espaces de la vie collective dont font partie les petites structures hospitalières.
Au nom de leur foi aveugle dans ce qu'ils appellent le "libéralisme".
Cinq morts qui s'ajoutent à ceux que personne ne décompte.
Puisque je ne doute guère que les désertifications produisent déjà leurs effets là ou ailleurs.
Etrange coïncidence: Libération du lundi 27 avril révèle que la Société Générale avait "égaré" la bagatelle de cinq milliards d'euros dans les jeux de hasard.
La République est détricotée.
Les charognards s'empiffrent.
13 avril 2009
Onfray pitié
Onfray a certes le droit d'user et d'abuser de la caricature.
Surtout lorsqu'il confie l'une de ses saillies à "Siné Hebdo".
Sauf que, tout de même, il est navrant de découvrir que l'éminent philosophe accumule tous les lieux communs et tous les poncifs qui font les délices ordinaires de ceux qui veulent convaincre que la Corse constituerait une sorte d'exception.
Lieux communs et poncifs résumés en une bonne vingtaine de lignes dans l'article intitulé "Corse nocturne, Corse solaire".
Lieux communs et poncifs qui me hérissent le poil.
Je ne résumerai pas.
Puisqu'un plumitif ordinaire ne dispose pas du talent de l'éminent philosophe et qu'il ne peut donc jouer à armes égales avec lui.
Puisqu'il s'agit surtout d'une sorte de plagiat des traditionnelles approches franchouillardes de certaines des pseudo réalités corses.
De prétendues réalités dont on se gargarise, entre deux rosés et trois pastis, au café du coin.
La caricature laisse un goût amer à celui qui n'est pas corse, mais qui s'est épris de la Corse et qui entretient des relations courtoises avec les hommes et les femmes qui résident dans les espaces qu'il fréquente.
Le goût est d'autant plus amer que l'éminent philosophe n'a, de toute évidence, que survolé l'histoire de la Corse.
Lorsqu'il affirme "Rousseau écrivit pour eux (les corses) un projet de constitution", il oublie de préciser deux ou trois choses:
- ce projet de constitution avait été demandé par Paoli à Rousseau;
- l'écriture du texte de ce projet ne fut jamais achevée par Rousseau;
- de nombreux points furent remaniés car inadaptés aux réalités de la Corse du milieu de 18° siècle.
Mais n'est-il pas tellement commode de laisser croire que les corses doivent au seul Rousseau le texte d'une constitution qui anticipa sur celles dont se doteront ensuite les tout jeunes Etats Unis d'Amérique puis la France en rupture avec la monarchie?
"Siné Hebdo" mérite mieux que cette médiocre caricature proposée par Onfray.
Donc, et malgré ma rancoeur à l'égard de l'éminent philosophe, longue vie à "Siné Hebdo".
Pace è Salute!
28 mars 2009
Déraison
Le lâche soulagement.....
Des juges appointés ont prononcé le verdict qui était écrit en filigrane depuis le début de l'instruction.
Depuis qu'un certain ministre de l'intérieur avait désigné le coupable.
Depuis que la Médiatouillerie, lui emboîtant le pas, avait fait chorus.
Depuis que tout ce beau monde s'était évertué à me convaincre de la culpabilité d'Yvan Colonna.
En raison de la déraison de l'état.
Qui exigeait un coupable.
Et qui, en raison de sa déraison, ne s'est embarrasé d'aucun scrupule.
Ce qui lui est familier.
Mais ce qui fait injure à la République.
Qui n'est plus que la caricature d'elle-même lorsque sa justice se soumet à des impératifs étrangers à la morale qu'elle est sensée incarner.
Je n'appartiens pas à cette France qui détricote les vielles vertus de la République.
Je n'appartiens pas à cette France des mises à mort circonstanciées.
Je n'appartiens pas à cette France qui se fabrique des certitudes pour mener à bien ce qui est assimilable à un trivial réglement de compte.
Cette France-là laisse transparaître, en filigrane, les portraits des Pétain, des Laval et autres Papon.
Cette France-là est celle des collaborateurs de la déraison d'état.
Avec tout ce que cela laisse entrevoir.
Comme un vol noir de corbeaux sur un pays que l'on enchaîne à l'insu de son plein gré.
Pace è Salute!



















